Dans les pas d'Alexandra Rosier Abramczyk, la maestro de la couleur

La créatrice n'a pas son pareil pour révéler l'éclat et l'intensité des pierres de couleurs, grâce à des associations dont elle seule a le secret.

Si certains créateurs viennent à la joaillerie par envie de créer une pièce qui leur manque, la démarche d'Alexandra Abramczyk est tout autre. "Je ne créé pas de bijoux pour moi, mais pour les femmes, car j'ai un amour infini pour elles" aime à confier la designer. Celle qui a grandi entre Paris, Londres, l'Italie et encore l'Argentine, a très tôt été bercée dans un multi-culturalisme qui lui permet d'être à l'aise partout. De ses nombreux voyages durant l'enfance et l'adolescence, Alexandra dit qu'ils ont semé en elle un goût prononcé pour la découverte et la rencontre de l'autre.

Petite, Alexandra suit son père dans ses visites chez les antiquaires de Londres. "Tous les dimanches, mon père s'adonnait à son passe-temps favori, celui d'aller voir les antiquaires installés dans les grands hotels, dans l'espoir de dénicher un nouveau trésor, quel qu'il soit: un bijou victorien, de l'argenterie, une malle de voyage ou encore une pièce insolite qui saurait piquer sa curiosité. J'ai appris à ses cotés à laisser mon regard appréhender de façon spontanée le monde  qui m'entoure, jusqu'à ce qu'un relief, un volume, un détail m'attire". Une fois devenue adulte, c'est sans surprise qu'à son tour, Alexandra s'est mise à collectionner les trésors vintages, des arts de la table aux bijoux anciens. "Je chine dès que je peux, Un besoin presque vital, qui me permet de me placer dans une sorte de bulle, où l'inspiration fuse".

Pour Alexandra, la création a d'abord pris la voie de la restauration. L'ancienne élève du studio Berçot, installée à Madrid pour suivre son grand amour, s'adonne à la restauration de meubles anciens mais aussi de cadres à la feuilles d'or, auxquels elle redonne un nouveau souffle. Et lorsqu'elle délaisse son studio, c'est pour donner des cours de cuisine - son autre passion - à des françaises installées dans la capitale madrilène. "La nourriture est un partage, c'est un cadeau que l'on fait aux gens que l'on aime" glisse-t-elle en souriant.

De nature spontanée et généreuse, Alexandra fonctionne à l'instinct et saisit les opportunités telles qu'elles se présentent. A son retour à Paris, le bijou frappe une nouvelle fois à sa porte. Non plus sous des atours de pièces vintages à Londres, mais à Paris, au sein de l'atelier de Haute joaillerie de la maison Cartier. Aux cotés de Jacqueline Karachi, l'actuelle direction création de Cartier Prestige, l'ancienne élève de la Haute école de Joaillerie se voit confier le design de pièces uniques. Fan de bijou indien, la créatrice puise tout ce qui a fait l'age d'or de la tendance tutti frutti des maharajas, très en vogue dans les années 30 et 40. C'est ensuite autour de la maison Graff de lui faire confiance, en lui offrant une expérience au contact de la clientèle exigeante de haute joaillerie. "Dans ce type de maison, on côtoie des personnes qui ont une très bonne connaissance des diamants, et un goût très sûr. C'est là que j'ai touché de façon tangible à quel point le bijou devait avant tout faire rêver".

Ces expériences formatrices encouragent Alexandra à voler de ses propres ailes à lancer, il y a dix ans, sa marque. Pour ce faire, elle met cap vers l'Inde afin d'y sourire les plus belles pierres, qui lui inspireront une série de pièces uniques avec des gemmes gravées à couper le souffle. A l'occasion d'un voyage aux états-Unis, c'est toute sa collection qui est achetée par Christies. Une reconnaissance qui fera office d'adoubement.

Si l'unique la passionne, Alexandra souhaite explorer le territoire des bijoux pour tous les jours. Les traceurs restent les mêmes, mais se donnent à voir sous un autre jour. Les volumes restent généreux, la couleur s'exprime avec audace et abondance, et les symboles s'en donnent à coeur joie. Quel beau clin d'œil, pour une ancienne dessinatrice de haute joaillerie, que revisiter le thème du bestiaire? Le poisson, symbole de fécondité, mais aussi la chouette ou encore la tortue, lui inspirent des colliers articulés à porter comme des talismans précieux. Autre pièce phare, le collier Secret Glass, réalisé à la main avec du verre saphir de montre dans un atelier de haute horlogerie Suisse. Un écrin de choix pour ces compositions envoûtantes de pierres de couleur en mouvement. "Le monde extérieur est si dur, qu'il n'y a rien de mieux que de porter à son cou des pièces qui adoucissent le quotidien" explique-t-elle.

Lorsqu'on lui demande de définir l'esprit de sa griffe, Alexandra répond sans hésiter : "l'amour, la gourmandise, et un caractère ludique indéniable"; C'est vrai qu'il y quelque chose de magique qui se dégage de ses pièces, tant son univers lui est personnel. A l'image de sa collection autour des chakras, qui revisite la philosophie ésotérique à l'aune de l'excellence joaillère. C'est sans doute cela que vient chercher la clientèle de la maison, un supplément de joie pour colorer les âmes.